Impressions de Lectures : janvier 2021

Déjà deux mois que 2021 joue les variations sur le thème 2020, façon « concerti pandémiques »…
Pareil pour mes lectures qui s’alignent en échos de celles de 2020, y compris en audio-lecture.
L’année pestiférée, je l’ai fini happé deux mois durant dans un livre qui continue de me travailler à l’âme et au style : « Jerusalem » d’Alan Moore (2016), chez Inculte (2017), traduit par Claro.

Depuis, j’ai lu d’autres livres… d’auteurs découverts, par hasard, en 2020.
Du coup, des notules début 2021, rapides, avec des rappels de notules 2020… jamais écrites.

Sur ce fameux « Jerusalem », d’Alan Moore que je désirais chroniquer en longueur et sur lequel je n’ai rien écrit ou presque ?
Juste quelques mots impressionnistes plutôt que précis.

« Jerusalem » de Moore

Force m’est d’avouer que ce roman-univers enchevêtré autour du quartier de Northampton, près de Londres, cache un livre puissant. Sur le fond comme sur la forme.
Une claque de lecture que je n’avais plus ressentie à cette échelle depuis « Drood » de Dan Simmons.

Alan Moore y maestrise la mise en abîme, au sein même de la mise en abîme, ralliant le réalisme socialiste au mysticisme; alchimisant le militantisme, le gothisme et le fantasque !
superposant les couches d’actions parallèles, simultanées et anachroniques.
Sans oublier l’historique, puisque Moore balaie depuis 800 de notre ère jusqu’à 2006, avec le beau rôle au siècle entre 1840 et 1945 et une part forcément « trop belle » à Cromwell.
Avant de nous entraîner jusqu’à la fin du monde !


Moore se cautionne d’un texte fondateur issu des disputes religieuses du 18° siècle anglais. Grâce, entre autre, à un faux détective privé qui lit sa documentation dans un cimetière anglais… Au soleil !
On déconfine au délire. Mais « Jerusalem » est envoûtant. Exigeant mais fascinant, inventif au point de paraître réel… Comme une pierre d’angle du naturalisme surréaliste.


Moore fait s’enchevêtrer les différentes dimensions de son monde et ses propositions métaphysiques avec un tel talent littéraire que le lecteur finit par arguer que les « aux-delà » d’Alan sont certainement les seuls réels.
Et, qu’un jour… nous y finirons.

Le Prophète des enchevêtrements

Quant à son écriture ?
Moore joue des styles en fonction de ses personnages et des situations, avec une inventivité, et une force dans ses images, qui sont enthousiasmantes et aspirent au long cours de ses 1266 pages
Ainsi les deux premiers chapitres sont d’un style ample, parfois parnassien. Des phrases longues, puissantes, pleines de mots et de lignes. Des phrases qui absorbent, rassasient, possèdent.
Des phrases que l’on a envie de relire deux ou trois fois, à peine le point atteint.
Des phrases qui disent le rêve, l’au-delà, la création artistique…
La folie, aussi.

Les deux chapitres suivants ?
Écrits dans le style des deux personnages qu’ils présentent. Style plus familier, phrases plus courtes, vocabulaire plus cru…

Quant aux histoires racontées… Si réelles, si fantastiques…
Où le moindre détail anecdotique finit toujours par trouver sa place jusqu’à la discrète révélation finale, proprement hallucinante.
Et un style si inventif !

Daryl Gregory et les monstres

J’ai commencé l’année avec « Nous allons tous très bien, merci » (2014) de Daryl Gregory chez Pocket (2017), traduit par Laurent Philibert-Caillat pour Le Bélial (2015) .
J’ai découvert l’année dernière cet auteur par « Harrison Harrison » (2015), un ‘young adult’ paru en adulte chez Le Bélial (2020), traduit par Laurent Philibert-Caillat… J’ai adoré cette variation sur l’ambiance et les thèmes Lovecraftiens d’une ville dédiée à la résurrection d’une monstruosité maritime.
Un roman sensible et parfois terrifiant, affuté comme la lame d’un virtuose maniaque du scrimshaw. Dynamique, intrigant, inquiétant et même amusant. Des personnages bien croqués et des terreurs bien moites.
Plein de clins d’yeux (glauques), de dents aiguisées et de tentacules visqueux et vicieux.


« Nous allons tous très bien, merci » est un court roman fantastico-horrifique, où nous retrouvons Harrison Harrison, cette fois adulte. Il est invité dans un groupe de thérapie qui réunit 5 victimes de monstres… Toutes marquées dans leurs chairs par les affrontements qu’elles ont assumés ou les supplices qu’elles ont subis.
Finalement, ne sont-elles pas devenues elles-mêmes des monstres ?
Un roman, court, bien mené, intelligent, passionnant.
Il explore les liens entre séquelles dont on veut se débarrasser et la relation d’intimité à celles-ci.
Efficace et finalement bien plus profond qu’il n’est paraît.
À ne pas rater.

Le chiffre de Cthulhu

« Le chiffre de Cthulhu » (2011), Brian Stableford, Les saisons de l’Étrange / les Moutons Électriques (2020) traduit pas Catherine Rabier.
J’ai plus accroché sur ce volume des Lovecrafteries revues par Stableford que sur le premier.
À la façon très Steampunk, Stableford orchestre personnages de fictions créés par d’autres (le Dupin de Poe, les Shoggoths de Lovecraft…) et les personnages historiques réels (quelques aliénistes très parisiens, le Comte de Saint-Germain et des pirates très britanniques…) pour tenter d’élucider le « code » censé invoquer le dormeur de R’Lyeh…
Un roman habile et intrigant que j’ai trouvé plus convaincant que son « Testament d’Erich Zahn », chez le même éditeur. En particulier, par son incarnation particulière des Shoggoths et son onirisme ténébreux qui ne sacrifie jamais le réalisme sordide de l’époque.

Évidences trompeuses

« Une évidence trompeuse » (2016) est le dernier roman traduit en France de la saga policière des grands espaces du Wyoming, écrite avec talent et sensibilité par Craig Johnson chez Gallmeister (2020), traduction de Sophie Aslanides.
Une de mes séries fétiches ! De celle qui vous donnent envie d’être américain, c’est dire !
Toujours beaucoup d’action, de finesse, de grands espaces…
Cette fois, ce sont les motos et les mythiques rassemblements de motards qui sont au centre de l’intrigue. Avec un chantage à la paternité dont est victime Henry Standing Bear. Et Walt Longmire, shérif émérite se retrouve quasiment dans le rôle du hors-la-loi…
Avec un belle bande son sous-entendue
Un roman tout à la fois trépidant, poignant et très drôle.

LISEZ !

Bonus :
Et juste pour le fun…
La pochette masques « évidence trompeuse », exemplaire unique créé tout exprès pour votre serviteur par La Fée Carabine !

À suivre pour les notules de lectures février 2021…

© Georges FOVEAU – février 2021

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