« Les Furies de Boras », jusqu’à loin dans la nuit…

Au petit bonheur la chance de la lecture du « Spécial Lovecraft » de la revue « L’Écran Fantastique », j’ai repéré deux ou trois références, que je ne connaissais pas.
Un peu à reculons, j’ai écumé les sites internet de ventes d’occasions de particulier à particulier, afin de trouver le DVD de « Cold Skin » de Xavier Gens. Un métrage qui n’est pas loin de frôler le chef-d’oeuvre, contre toute attente (j’y reviendrai peut-être…)

Sans doute poussé par la crainte de manquer de lecture-frissons pendant le confinement, je me suis aussi lancé sur l’achat de deux recueils de nouvelles dont je n’avais jamais entendus parler : « Les Furies de Boras » et « La Reine en Jaune ».
Les deux d’un auteur nordique qui fut, entre autre, punk : Anders Fager.
Les deux sortis initialement en très beaux brochés chez « Mirobole Éditions » et repris en poche chez Pocket.

Chroniquer deux recueils sortis depuis plusieurs années déjà, et en grand format et en poche… Voilà qui n’est pas très attractif pour le lecteur surtout… en arguant juste que je ne savais même pas qu’ils avaient existés.

Donc : faire court et percutant ! Sans pour autant négliger le tentaculaire….

Qu’écrire sur ces « Furies de Boras » ?

Des nouvelles indépendantes… Dont certaines se croisent, se suivent, se répondent, s’achèvent…
Un recueil où toutes tissent, par delà l’espace suédois et le temps, un univers de Ténèbres omnipotentes au pays des grands blonds.

Étranges… Depuis « Drood » de Dan Simmons, en 2013, aucun livre ne m’avait plus fait cet effet envoûtant qui poursuit jusque dans le sommeil, inquiet.
D’autant plus étonnant que « Drood », lu dans un contexte très particulier, m’avait absorbé dès les premières pages.

Là, je lis, avec plaisir, étonnement et intérêt…
Des histoires glauques souvent, touchantes dans ce côté obscur proche de l’aliénation… Avec d’immondes résurgences effrayantes d’être terrifiants. Mais finalement, peu présents. Mis à part dans la nouvelle éponyme du premier recueil…
Des nouvelles écrites au scalpel par un observateur qui ne néglige aucun détail. Au point que le lecteur a souvent l’impression de se complaire à des chroniques de vies ordinaires…, toujours sur le fil du rasoir de l’auteur.

Des textes toujours à la frontière du presque… Du presque trop dérangeant, du presque écoeurant, du presque terrifiant….

Toujours à la limite du pire

Un univers très personnel à Fager, où rode toujours sans pour autant être nommées les inhumaines entités que Lovecraft a invoquées dans notre monde sur les arabesques maudites de sa plume providentielle.
À lire sur les antiennes dérangeantes de « Heilung » (écoutez, en lien…), ces textes toujours à la limite du presque, donc…
Trop à la limite du presque…
Où j’ai l’impression d’être moi aussi toujours à la limite… À la limite de presque sombrer dedans… Mais non, je reste lecteur. Fasciné, sans être possédé à mon tour.
Du moins tant que je lis…
J’ai cette fâcheuses habitude de lire avant de dormir… Quand j’arrive à lire…

Par delà le mur du sommeil…

C’est bien par-delà le mur du sommeil, que Fager révèle tout son talent d’ensorceleur. Et je ne sais expliquer ni pourquoi ni comment. Ou alors, peut-être que tout son pouvoir de suggestion tient à ce « presque »… Je lis et je suis presque possédé… Je m’endors et…

Et…
Je suis dans ces histoires. J’en rêve, des rêves glauques et inquiétants. Addictifs, terriblement. J’en émerge en demi-sommeil… Mais je n’émerge à demi que du sommeil. Pas des histoires rampantes de Fager… J’y suis toujours. Là, à demi-conscient, confronté lentement à ces personnages au bord de l’abîme, en proie à la monstruosité, extérieure ou intérieure. J’évolue dans ses rues, dans ses demeures dans ses labyrinthes, hanté la nuit par ses cauchemars qui me semblait presque… un peu trop loin en tant que lecteur…
Je dors et je me retrouve prisonnier de ces histoires au bord de la folie irriguée de fureurs noires.

Les histoires de Fager sont glauques, pustuleuses, terribles. Les enfants y entendent les monstres et les nourrissent. Les pires monstres y sont humains comme dans la nouvelle historique « Le vœu de l’homme brisé » où l’entité lovecraftienne qui clôt ce déferlement de carnages en mouvement est presque plus miséricordieuse que les miséreux en furie qui se déchirent aux soubresauts immondes de l’histoire humaine. Avec cette chape constante de sorcellerie ancestrale qui plonge ses racines tortueuses et antiques dans des abysses d’horreurs en abimes.

Jusqu’à se retrouver devant un aquarium avec une vendeuse, immonde…

En attendant La Reine en Jaune…

Lisez !
Mais n’oubliez pas de rêver…

© Georges FOVEAU – juin 2020

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