Lorsque le dernier Minotaure de l’Atlantide lit l’Atlas des Fortunes de mer…

Depuis presque 8 semaines, donc, peu de sorties, beaucoup de travail et…Un peu de lecture…
Pas assez de temps pour rattraper tout le retard. Mais bon…
Beaucoup de lecture de livres parus depuis déjà plusieurs mois… J’y reviendrai peut-être.
Parlons d’abord des plus récents.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de « Cochrane contre Cthulhu » de Gilberto Villarroel, chez « Aux Forges de Vulcain »… Un cape et épée napoléonien, à Ford Boyard, avec dans le rôle du plus grand méchant le Grand Ancien cité en titre… Et d’autres horreurs, y compris très humaines.

Le Minotaure de l’Atlantide

L’autre très bonne surprise de cette pile de lecture, c’est « Le Minotaure de l’Atlantide », de François Darnaudet, Chez Nestiveqnen (19 €). Ouvrage que j’ai lu en préparation du prochain Festival de l’Imaginaire du Pays d’Aix (10-11 octobre 2020). J’avais déjà chroniqué sur Facebook, fin janvier, « Le Möbius Paris Venise ». Je pose cette autre chronique en bonus au bas de cette page…

La première porte du cycle du Möbius

Avec « Le Minotaure de l’Atlantide » qui peut se lire que l’on soit grand ado ou adulte, François Darnaudet nous livre un roman de Fantasy historique comme première clef de cet univers du « Möbius » qu’il tisse sur plusieurs opus.
Ce récit se révèle vif et dynamique, original par ses personnages attachants, confrontés à des ennemis féroces, inhumains et sorciers.

En bref :
Sandro vient de passer le bac de Français… Il vit à Venise et il est déçu par ses notes. Il attend le retour des éditeurs sur son premier manuscrit de… Fantasy historique. Une histoire de Minotaure de l’Atlantide qui surgit d’une porte du temps avec un géant à crête à ses basques. Ils émergent d’un des derniers bastions de l’Atlantide engloutie pour protéger Constantinople contre le siège turc… Car une vieille entité maléfique convoite un trésor magique protégée dans la cité des portes de l’Orient…
Sandro reçoit l’invitation d’un petit éditeur vénitien. Bien sûr, il se précipite…
Alors que surgit l’entité maléfique de son roman pour le capturer, Sandro est enlevé par un minotaure improbable. Ils se précipitent dans l’abîme du temps, jusqu’en 1453, année de la chute de Constantinople.
Sandro devient alors un des acteurs de son propre roman : un maelstrom guerrier et politique au coeur de la Méditerranée du 15° siècle, mâtiné de conspirations fantastiques, tissé de guerriers vaillants et légendaires, de monstres antiques, de mutants inquiétants et de magies noires.

Avec ce roman de Fantasy historique jubilatoire, par son imaginaire comme par son placement historique, François Darnaudet tisse une nouvelle facette de sa thématique de l’Anneau de Möbius, cette boucle en 8 qui se retourne sur elle-même.
Par une belle facture épique et une grande originalité, Darnaudet attire ici les lecteurs que ses autres romans du cycle, toujours passionnants, pourraient dérouter par leurs richesses créatives et leurs clins d’yeux.
Une belle entrée ouverte à tous, pour l’univers aux mille voies et voix, de François Darnaudet.

Démons Marins du Sussex

Deuxième sortie récente de cette chronique, le troisième et dernier tome des « Dossiers Cthulhu » de James Lovegrove : « Les Démons Marins du Sussex » chez Bragelonne (25 €).
L’argument de cette série est simple : Holmes et Watson ont passé leur longue amitié à combattre les abominations lovecratiennes qui refont régulièrement surface et plus particulièrement un petit dieux très arriviste, R’luhlloig… Cette espèce de Moriarty façon abomination cosmique devient l’effroyable Némésis occulte du détective…

Pour faire simple, si les romans sont bons, très différents l’un de l’autre, et assez originaux tout en utilisant la mythologie lovecraftienne avec personnalité et à propos, un gros écueil m’a gêné.
Surtout dans la lecture du premier…
Au lieu d’intégrer ses enquêtes cthulhiennes au canon holmesien traditionnel, Lovegrove ne cesse d’affirmer que Holmes a passé son existence à combattre les Grands Anciens et leurs abominations… Et que Watson a inventé les autres enquêtes plus prosaïques juste pour cacher à l’humanité le véritable combat de son ami…
Et là, ça ne marche pas, en tout cas pour moi… Il aurait été si simple et si crédible de laisser entendre ou d’affirmer que ces nouvelles enquêtes horribles se déroulaient en parallèles des autres, secrètement…
Et hop, le tour était joué, à la Houdini…
Là, tout est mis en porte à faux… Et ce côté là ne prend pas…
Et c’est dommage.
Car d’un point de vue Holmesien comme Lovecraftien, les trois tomes de Lovegrove fonctionnent bien. Terrifiant pour le premier. Vénéneux pour le deuxième. Malin, oppressant et touchant pour le dernier.
Il y a même des morceaux de bravoures remarquables.
Dans le premier tome, l’ouverture est terrifiante et la découverte par Watson en Afghanistan d’une antique cité maudite sous terre est digne du meilleur d’El Borak de Robert E. Howard.
Le climat vénéneux de la montée et de la descente du fleuve Miskatonic dans le deuxième tome avec la lente progression de la démence puis la séquestration dans une ferme américaine des deux héros forment un diptyque, référentiel et oppressant…
Dans ce troisième opus, Lovegrove joue le jeu des passages obligés pour feinter le lecteur et offrir toujours autre chose que l’attendu et l’entendu, dans un hommage appuyé au « Cauchemar d’Innsmouth » et à « L’Appel de Cthulhu ». Avec une omniprésence angoissante de cette mer toujours étouffante, sans autre horizon que l’apparition des pires souffrances ou terreurs.
Un scénario fin qui ne ménage aucune surprise !
Jusqu’au deux épilogues successifs, eux-mêmes, malheureusement…
Celui où Lovegrove se met en scène et celui de son éditeur… Désolé, mais je n’ai cru à aucun des deux, alors que j’avais été convaincu par tout le reste…

Atlas des Fortunes de mer

Décidément, cette chronique sera maritime malgré la probable interdiction des plages. Car après la « Mare Nostrum » de Darnaudet et l’Atlantique étouffant de Lovegrove, je terminerai ce tour d’horizon de quelques nouveautés par un ouvrage qui se déguste en gourmet mais qui rend gourmand…


On se dit : «  Allez…, je me fais une ou deux chroniques et basta… »
Et puis… entre le style vif et soigné de l’auteur et les intrigues incroyables mais vraies, on déferle les pages en régatier ivre de liberté et vitesse.
« Atlas des Fortunes de Mer » chez Artaud (25 €) de Cyril Hofstein est une gourmandise salée dont certaines pages laissent un arrière goût âpre, comme quand on a bu la tasse.

Amoureux de la nature en général, de la mer en particulier, Hofstein croque une trentaine d’histoires vraies ou de « légendes » maritimes avec une aisance fascinante. Il vous accroche comme un billet d’éditorialiste à le plume hypnotique, toujours aussi élégante que l’ouvrage lui-même, comme tous ceux de cette très belle collection.

Indispensable lecture de votre prochain été, surtout s’il doit être en manque littéral de littoral.

Bonus :« Möbius Paris Venise »

Chronique du « Möbius Paris Venise », parue sur Facebook le 29 janvier 2020 :
Avec son « Möbius Paris Venise » paru chez Nestiveqnen Editions (19 €) en mai dernier, François Darnaudet nous entraîne dans un fantastique surréaliste proche des « Terres du Rêves » de Lovecraft.
Dans ses mécaniques oniriques…

Mais ici, l’horreur abyssale et sidérale cède le pas à la beauté de deux cités bien réelles et pourtant mythiques, sur le rythme aléatoire ou haletant d’une vis sans fin.

De temps à autres, Hugo Pratt hante ce récit sur les pas d’une criminelle de charme. On s’étonnerait presque de ne pas croiser Vian… Si on ne le sentait infuser constamment dans la lagune des Venise ou dans la Seine des Paris…

Les scènes tiennent toutes à ce paradoxe : La « Porte de l’Enfer » de Rodin ouvre sur un ruban à une seule face, bouclé sur lui-même en 8.

Les versions alternatives de Paris et de Venise s’y suivent… Jusqu’à la mystérieuse Parnise.

Journaliste détective ami de Gaston Leroux, Alex Lex ne cesse de passer des unes aux autres… Ballades sans mer salée ponctuée par la hantise de la destruction mais aussi par Rilke, Rodin, Lautréamont et bien d’autres.

Au fil des eaux troubles de Venise et de Paris, de leurs passés et de leurs alternatives, ce roman-ruban se transforme en petit bijou de jeux littéraires profonds et envoutants. Darnaudet nous pousse à voyager parmi ses personnages choisis, jusque dans des réminiscences des « Mines du Roi Salomon » (n’est-il pas d’ailleurs question de sa clavicule dans « Fables de Venise » de l’autre Hugo ?) et ses décors envoûtants.

Ce roman est suivi d’un autobiographie fictive que l’auteur souhaite : « déroutante »… Je l’ai dégustée comme délectable et jubilatoire. Avec, en épices spéciales, quelques clefs discrètes sur son « Möbius » des parallèles étonnants.

Les 4 « Nouvelles amères » suivantes se recueillent sur un jeu de mot pudique, hanté par deux deuils cruels. Des textes terriblement émouvants.

© Georges FOVEAU – mai 2020

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