I.M. Marseille mai 1720, Chroniques de la contagion 001 : Épidémie d’avenir

En juin dernier, j’ai été sollicité sur un colloque d’entreprises d’insertion. En tant qu’auteur de Science-Fiction (sic) au titre de ma nouvelle « MarsAigues sur cuivre », in « Marseille 3013 » (éditions Gaussens, sous la direction de Patrick Coulomb).

L’idée était qu’un « imaginateur du futur » vienne donner son point de vue sur l’avenir de l’insertion sociale et de la société qui la formate.
Du coup, j’ai déstabilisé et titillé mes interlocuteurs. Au lieu d’asséner une vision de pythonisse lettrée, tissée de bonnes ou de mauvaises intentions, je leur ai adressé des questions. Pour les amener à réfléchir eux-mêmes au futur qu’ils préparaient par leurs actions d’insertion, d’aujourd’hui à demain.

Pourquoi toutes ces questions ? Quel rapport avec la contagion ?
Je suis parti d’un constat agacé, encore aiguisé par les harangues successives du ministères du travail et de celui des armées objurguant les auteurs de SF d’anticiper l’avenir de leurs deux disciplines :
– Même quand on les a lus, si tant est qu’on les ait lus, personne n’a jamais pris au sérieux les fictions dites « paranoïaques » de Brunner ou K. Dick, par exemple. Je passe sur Barjavel ou Merle…
On sollicite de plus en plus facilement les auteurs du présent sur l’avenir alors qu’on n’a jamais pris en compte ceux qui alertaient au passé.

Depuis longtemps, depuis le SIDA, depuis la résurgence musclée de la tuberculose dans nos sociétés hygiénistes, depuis ma confrontation brutale au choléra (j’y reviendrai…, peut-être), je suis convaincu que l’épidémie guette…
Depuis bien avant mes lectures de « Mauvais Genres ».
Depuis celle d’un roman de « littérature blanche ». Écrit par un vrai écrivain sérieux.

Dont visiblement…, on n’a pas tenu compte non plus.

Faces de rats, Tome 1,
par Luc Lefèbvre
dit Ptiluc

Sans doute parce que Marseillais. Sans doute parce que sensibilisé à la Grande Peste de 1720… Et aux échevins déjà habiles en gabegies…. J’ai lu donc pour la première fois en classe de 5° ( automne 1976, je crois), « La Peste » d’Albert Camus.
J’y ai vu un pamphlet prophétique déguisé en roman respectable.
Je l’ai relu à la fin des années 80, SIDA oblige.
Je l’ai relu, il y a quelques années… Après qu’un ami fut infecté par une forme particulièrement virulente de tuberculose, en plein centre de Marseille, dans le cadre de sa profession très en contact avec des publics précaires…

Je ne relirai pas « La Peste », cette année. Même, si la tentation est grande. Depuis ma première lecture et depuis la pandémie de SIDA, je garde bien ancré dans ma tête cet avertissement littéraire aux allures de fiction.
Grâce au Coronavirus Covid-19, des centaines de lecteurs en Italie et ailleurs découvrent le plaisir de lire ce chef-d’oeuvre du XX° en lignes, imprimées…

De la Peste SteamGoth à Tokyo…

À défaut de Princesse de Clèves, nos dirigeants, ont-ils lu cette « Peste » ?
Et si oui – dans une fiction idéaliste – quelles précautions en ont-ils tirées ?
L’avenir n’en dira peut-être rien, finalement.

© Georges FOVEAU – mars 2020

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